Vers la fin du baby blues de l’open data ?

En janvier 2013, Libertic avait été conviée à participer à la rencontre « Open Data et Citoyens » organisée par Arsenic à Aix en Provence. L’occasion d’établir un bilan des avancées de l’ouverture des données en France, bilan à teinte bien mitigée à l’époque. Pour reprendre l’expression de Valérie Peugeot lors de sa présentation, l’open data traversait alors une phase de « baby blues ». Idéalisée, attendue des mois durant, la naissance d’une démarche d’ouverture de données est un moment intense. Mais après la course à l’ouverture, l’euphorie des lancements de plateformes, l’engouement des hackathons, et la frénésie des concours d’applications… Gare au baby ou data blues, symptôme d’une dépression post-datale.

Datablues

Le data blues correspond à la chute brutale du taux d’intérêt et donc d’initiatives autour du projet open data, qui survient à la suite de l’ouverture et des animations type concours d’applications. L’intérêt autour du projet, dont l’impact sur le moral n’est plus à démontrer, joue un rôle essentiel dans une dynamique d’ouverture de données. Or cet intérêt a été largement érodé par les différents constats de :

  • Manque de qualité des données
  • Absence de réponses aux attentes des réutilisateurs
  • Structuration des données qui changent sans avertissement
  • Manque de précision des données (budgétaires ou listes sans identifiant ou manque de granularité)
  • Manque d’ambition dans la publication de données inédites ou de transparence
  • Manque d’interopérabilité des données au national
  • Multiplication des pseudos licences open data
  • Absence de pérennité des services créés lors des concours
  • Redondance des services au fur et à mesure des animations
  • Requestionnement des licences et gratuité de l’ouverture
  • Manque de données d’intérêt démocratique
  • Manque de diversité des données
  • Manque d‘interaction avec les réutilisateurs
  • Limites des animations de court terme
  • Manque d’extension du sujet hors technique
  • Manque de réappropriation, difficultés techniques
  • Manque d’ouverture des organisations

Cette liste n’est pas exhaustive mais la multitude de difficultés techniques, juridiques, culturelles, et organisationnelles a laissé un goût amer aux réutilisateurs de données. Si certains dénonceront l’échec flagrant des démarches open data, nous pensons au contraire que cette liste de limites représente une avancée majeure vers l’ouverture par défaut en France, l’open data restant à construire sur une dynamique de long terme.

La première phase des démarches d’ouverture de données a permis de mettre à jour le manque de culture de donnée au sein des organisations, la faible qualité de certaines données servant de support aux décisions, le cloisonnement des informations, l’intérêt d’usages externes, les gains d’efficacité possibles à travers la coproduction. Cette phase a permis d’exprimer l’essence de bénéfices à attendre, pour peu qu’un travail de structuration du mouvement, de qualification des données et de développement d’un écosystème s’organise. Voilà ce à quoi doit s’attaquer la seconde phase de l’open data, à lever les freins identifiés et pérenniser les démarches, ce qui implique de développer de nouvelles actions avec de nouvelles méthodologies.

Au Royaume-Uni, l‘Open Data Institute propose une action globale de formations, de soutiens techniques par des groupes de travail et des études sur un axe qui dépasse les seules données ouvertes mais considère le monde des données de manière générale. En France, les Infolabs* sont en train d’inventer la dissémination de la culture de données à travers de nouvelles formes de médiations. Et de nombreuses autres actualités annoncent des avancées :

  • La refonte de la plateforme nationale data.gouv.fr et le vademecum du gouvernement
  • L’organisation des prochains débats thématiques sur la santé notamment
  • L’ouverture des photographies aériennes de Loire-Atlantique et les archives de Toulouse
  • La création de l’association Opendatafrance* qui devrait avancer sur l’interopérabilité
  • Les promesses d’ouverture de nouveaux jeux de données inédits dont le registre des entreprises
  • La traduction prochaine de School of data par OKFN France*
  • Les élections prochaines, levier possible de développement des initiatives

Ici encore, la liste n’est pas exhaustive mais une nouvelle dynamique semble prendre forme, cherchant à structurer l’open data en France, mouvement de fond.  L’enfant ne marche pas seul dès sa naissance, accompagnons le dans son développement. Cette structuration de l’open data, cela se passe maintenant et chacun a un rôle à jouer pour orienter les débats et l’ouverture telle qu’elle se déterminera.

Alors si les organisations traversent une phase de déprime et de doute, le data blues, elle survient souvent dans les mois suivant la remise des prix du concours d’applications mais heureusement, elle ne dure pas indéfiniment (en revanche, la prudence s’impose si la déprime se prolonge au-delà de 12 mois, mieux vaut consulter sans tarder).

Vers une deuxième phase open data

En région Pays de la Loire (nda: lieu d’implantation de l’association Libertic), plusieurs démarches d’ouvertures de données sont en cours. Les animations engagées par les collectivités arrivent cependant dangereusement vers la phase data blues. Au regard des expériences étrangères et nationales, nous nous sommes alors demandé comment lancer une nouvelle dynamique locale. Une dynamique qui soit plus pérenne, qui assure un suivi des projets de long terme, une structuration et qui permette de lever les freins identifiés tout en s’imbriquant dans les dynamiques locales existantes.

Restant sur les principes chers à Libertic, nous avons décidé de lancer un chantier de co-conception d’un Datalab. Le Datalab est un réseau d’acteurs : collectivités, entreprises, écoles, laboratoires, medias, associations… fédérés autour d’un objectif commun : développer les valeurs économiques et sociales autour des données et de l’ouverture. Il propose notamment une bourse d’échanges de projets et une mutualisation de moyens pour développer des projets innovants. Mais dans la multitude d’actions possibles, le programme reste à définir conjointement avec les acteurs qui peuvent proposer des demandes de formations ou des offres de projets jusqu’à décembre afin d’adapter le programme au contexte local et en lien avec des partenaires nationaux. Des structures d’autres territoires sont également invitées à participer pour utiliser la région en territoire d’expérimentation.

 

Schema typologie acteurs Datalab

Les acteurs et organisations sont invitées à soutenir le projet en créant une fiche de membre sur le site Datalab. Chacun peut contribuer en ligne ou via les rencontres en région qui se tiendront sur Angers (Maine-et-Loire), La Roche sur Yon (Vendée), Le Mans (Sarthe), Laval (Mayenne), Nantes (Loire-Atlantique)… Les suggestions et le programme d’animations formalisé seront publiés librement en décembre afin que cette réflexion puisse servir à tous.

Cette dynamique est rendue possible grâce à une diversité d’organisations qui se mobilisent: Angers Technopole, Angers Loire Métropole, Laval Technopole, ADN Ouest, La Ruche numérique du Mans, La Cantine numérique Nantaise, la Région Pays de la Loire. Rejoignez le réseau pour imaginer une seconde phase d’animations autour des données et de l’ouverture !

* Libertic est associée d’une manière ou d’une autre aux projets cités.

2 thoughts on “Vers la fin du baby blues de l’open data ?

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