Le citoyen a t-il une place dans l’open data ?

 

Parmi les promesses soutenues par le mouvement de l’ouverture des données (Open Data), la mise à disposition des données publiques ouvertes serait un concept porteur de nombreux bénéfices pour le citoyen : manne d’informations utiles, lisibilité de l’action publique, accessibilité des services publiques, pouvoir de participation aux débats démocratiques… Pourtant, malgré des initiatives croissantes en France et le lancement d’une plateforme nationale de données publiques, ledit citoyen paraît encore bien éloigné du mouvement et ignore souvent tout de ses principes voire de son existence. Comment expliquer ce paradoxe ?

 

  • Une donnée n’est pas une information

Le discours sur les données publiques soutient la promesse d’un renouvellement du savoir et du pouvoir par l’accès aux données par le plus grand nombre. Or l‘open data est une démarche de publication de donnée brutes qui s’adresse à une communauté réduite capable d’interpréter ces données. La complexité de certains formats et la structuration métier de certaines données les rend bien souvent inintelligibles au citoyen.

C’est pourquoi des citoyens très particuliers, les développeurs, statisticiens, designers, journalistes de données ou tous autres individus possédant des compétences techniques et analytiques sont sollicités pour donner du sens à la démarche d’ouverture de données et développer services et informations à destination du citoyen. Ce dernier est alors relégué au statut d’usager des services produits par les intermédiaires.

Si la promesse de l’open data en terme de création de services pour les citoyens semble se développer, le passage par cette phase d’interprétation a deux effets collatéraux: il occulte l’étape d’ouverture de données qui reste inconnue du plus grand nombre et il relègue le citoyen au statut de simple consommateur.

 

 

 

  • L’aspect démocratique n’est pas une priorité

La promesse de participation démocratique via l’open data est également biaisée. Elle repose à la base sur l’idée d’accroître le pouvoir et la connaissance des citoyens en rendant accessibles des données permettant de nourrir le débat public. La disponibilité des données budgétaires, de la répartition des subventions, des données sur la vie des quartiers ou les marchés publics permettrait une réappropriation, si ce n’est par le citoyen, du moins par les journalistes pour rendre l’action publique plus lisible.

Or ces données relevant de la vie publique sont encore rarement disponibles. La plateforme de Montpellier, probablement le projet open data le plus abouti en France, ne publie à ce jour aucune donnée financière sur l’administration de la ville. Les quelques publications existantes, dont celles sur la plateforme nationale data.gouv.fr, présentent une granularité souvent faible, laissant peu de place à une vision précise des actions entreprises. Il n’existe en France aucune démarche de « portails de transparence », tels que ceux développés aux Etats-Unis, destinés à l’hébergement exclusif de données budgétaires sur une granularité très fine.

La démarche du Conseil Général de Saône et Loire est la seule ouverture dont la communication se base sur une tentative de transparence de l’action publique. Mais de manière générale, force est de constater que les administrations engagées dans l’open data en France priorisent la mise à disposition de données facilitant le développement de services et applications mobiles, au détriment des données axées citoyenneté et vie publique ou toute donnée pouvant susciter débats.

Le manque de volonté politique et la carence en données disponibles limitent la participation citoyenne tout en contribuant à cloisonner l’open data à un cercle d’initiés.

 

  • La diffusion au détriment de la participation

Au delà de la simple publication, l’ouverture des données serait sensée refléter un nouveau positionnement de l’administration désormais « transparente » et axée vers le citoyen-usager. Le système bureaucratique, cloisonné et contrôlé serait transformé en système ouvert, avec des pratiques de partage et la prise en compte des retours. Le citoyen ne serait plus condamné à la passivité mais disposerait de canaux de communication facilitant son implication et la valorisation de ses contributions pour coproduire les services.

Ainsi au Canada, la plateforme http://budgetplateau.com/ d’un quartier de Montréal s’appuie sur les données budgétaires locales pour proposer un outil ludique permettant aux citoyens de proposer de nouvelles répartitions budgétaires sur la ville. La donnée devient prétexte à intégration des retours et coproduction des territoires entre administrations et citoyens.

En France, la plateforme de l’Etat n’intègre actuellement aucun canal de partage et de prise en compte des contributions, annihilant de fait une possibilité de participation et intégration du citoyen. Et si la plupart des autres plateformes open data possèdent des forums, ce ne sont pas des espaces de débats autour de l’interprétation des données mais des lieux d’informations sur les documentations techniques.

Absence de dispositifs participatifs, absence même des référents et services liés à la citoyenneté, participation, agenda21 dans les démarches d’ouverture… Autant de signes qui démontrent qu’il n’est pas question ici de profiter de l’open data pour inciter à une participation massive voire déléguer une forme de pouvoir au citoyen. Qu’il soit affiché sous forme de démocratie participative ou d’innovation ouverte, l’aspect démocratique de l’open data se cantonne en France à une posture de communication puisque la publication de données brutes s’adresse une fois encore aux experts.


  • L’open data ne s’adresse pas aux citoyens

Le mouvement open data a besoin de valorisateurs de données, capables de leur donner un sens. Il  érige donc les développeurs en sauveurs de la démarche et sacralise le technicien. Ces « citoyens » capables de donner du sens aux données ont cependant des compétences déterminantes qui les distinguent du reste de la société. ce qui constitue une réelle problématique. D’abord parce que les territoires ne possédant pas un nombre suffisant d’acteurs compétents auront du mal à provoquer la valorisation de leurs données. Ensuite, parce que l’on sait que les besoins en terme de compétences de développement vont très prochainement dépasser le seuil des compétences disponibles. Il faudra donc rapidement trouver des solutions permettant à une plus vaste population de réutiliser les données. Enfin, parce que l’une des promesses de l’open data était de rendre au citoyen une partie du pouvoir de décision en lui permettant d’accéder aux données qui constituent la base des décisions publiques. Or ce pouvoir se trouve de nouveau entre les mains d’intermédiaires.

 

  • Quel rôle donner au citoyen ?

Les données brutes ne sont pas destinées au grand public. Pour satisfaire les promesses de transparence, lisibilité de l’action publique et aspect démocratique, les initiatives doivent aller au delà de la simple publication et intégrer un travail sur l’insertion numérique, l’accessibilité des données, les animations, la coproduction, etc. Cette stratégie globale (gouvernance ou innovation ouverte) suppose cependant d’apposer sur le citoyen une autre étiquette que celle d’usager ou consommateur.

  • Valorisateur de données?
  • Coproducteur ?
  • Participant au débat public ?

Nous aborderons prochainement sur Innovcity  des exemples concrets de démarches entreprises par quelques administrations pour inclure le citoyen dans le schéma de l’open data.

13 thoughts on “Le citoyen a t-il une place dans l’open data ?

  1. Merci pour ce article très pertinent sur l’open data car il pointe la question essentielle de la place du citoyen et par là-même de ce que devrait/pourrait être la « supply chain » des données d’intérêt général (comme amener la donnée d’un site de production de la donnée jusqu’au service « commandé » par/pour le citoyen).
    Grâce aux retours d’expériences de initiatives open data mentionnées dans l’article, il semble qu’une partie importante des collectivités qui « feront » de l’open data en 2012 aient choisi de mener leurs projets open data à partir d’une identification préalable des typologies de services attendus par leurs administrés, qui de surcroît ne sont pas uniquement les citoyens pris individuellement mais les entreprises du territoire (ou à attirer sur le territoire), les associations, les autres collectivités et organismes publiques, les visiteurs extérieurs (touristes, hommes/femmes d’affaires …).
    Car c’est bien dans le grand nombre de services de meilleur qualité qui pourront être proposés à cette pluralité d’acteurs que réside l’enjeu économique associé au mouvement open data, et bien évidemment pas aux seules activités dédiées à la transformation de données brutes (trop brutes?).
    D’où la question de « où sont les données les plus utiles pour la production de services au plus grand nombre? »
    – pas celles qu’il faudrait aller « gratter » à force d’huile de coude sur le web (qui intéresseront cependant chercheurs, journalistes pour qu’ils puissent nous éclairer d’analyse pertinentes),
    – mais celles qui sont à chaque instant produites, collectées, gérés dans le cadre des services fournis aux citoyens (service scolaire, formation, action sociale, …)
    Elle sont dans les systèmes d’informations:
    – des collectivités d’une part
    – mais aussi et surtout (en quantité et diversité) dans les SI de tous les acteurs qui opèrent ces services (transporteurs, associations, établissements de santé, gestionnaires d’énergie, …).
    Cet ensemble de sources de données, auquel il faut adjoindre ce que les administrés eux-mêmes sont en capacité de produire collectivement et de façon distribuée (crowdsourcing), représente le réel (éco)système d’information global de la donnée publique, et on se rend compte par là-même que l’ambition de l’ouvrir représente un enjeu de gouvernance, d’orchestration, de missions … dans la production de services innovants.
    Je crois donc fortement aux démarches des collectivités qui sont en train de se positionner sur l’open data en ayant choisi comme enjeu principal ce défi de modernisation de leur écosystème d’information, centré sur la data pour faire mieux en dépensant moins car il s’agit là de rationalisation, et focalisé dans un 1er temps sur une ou deux thématiques (animation de filières différentes selon les typologies et enjeux de chaque territoire: formation, action sociale, emploi, transport, énergie …).

    Au plaisir de poursuivre cet échange d’idée,
    Jean-Marc, fondateur d’OpenDataSoft.

  2. Bonjour,
    Je modèrerais un peu les propos en mettant en exergue toutes les initiatives en France qui ont été créées, portées, ou dynamisées par les citoyens. Il ne s’agit pas d’une masse critique importante de citoyens je vous l’accorde, mais nous pouvons d’ores et déjà compté sur leur rôle prépondérant, comme à Toulouse (http://odt.numahel.net/doku.php/nouvelles).

    Vous-même à travers vos cartes annuelles, vous dédiez une catégorie spécifique aux « mouvements citoyens » :
    – en Auvergne : http://opendata.cyberbougnat.net/lancement/
    – à Lyon : http://forum.opendata69.org/index.php
    – etc.

    Il y a donc une tendance des citoyens à s’approprier ces sujets là.

    Je vous rejoins sur la fin de l’article où compte tenu que l’open data en France n’est pas si développé que cela, il est normal de dire que « L’open data ne s’adresse pas aux citoyens ». Ce qui serait intéressant, ce serait d’observer les tendances liées aux catalyseurs (ou valorisateurs) de l’open data.

    Ainsi, on pourrait s’intéresser aux journalistes qui créent des datavisualisations à partir de données ouvertes. On pourrait parler des catalyseurs en écoles d’ingénieurs qui participent à la sensibilisation d’un plus grand nombre :
    – à l’UTC : http://ateliercartographie.wordpress.com/2012/01/12/lopen-data-avec-data-publica/
    – à Centrale Nantes avec vous et le CG44 : https://pedagogie.ec-nantes.fr/web-sd/index.php/2012/01/06/creation-d%E2%80%99outils-de-%C2%AB-data-visualization-%C2%BB-dans-un-portail-open-data/

    Je pense donc qu’il ne faut pas sauter toutes les étapes : promouvons déjà les intermédiaires. Demain, nous promouvrons les demandes d’un citoyen lambda qui ne comprend pas que le dernier budget de sa ville n’a pas encore été déposé sur un portail open data !

  3. Bonjour et tout d’abord merci de vos retours riches et argumentés.

    Jean-Marc, nous sommes d’accord sur le questionnement de l’orchestration, la gouvernance et définition des missions. Vous soulevez également un point intéressant sur le manque de données concernant les services (scolaires, actions sociales) qui sont cependant l’objet de certaines données de Longjumeau ou Saint Quentin hebergés sur data.gouv.fr, bien qu’encore disparates. Ces données devraient suivre.

    En ce sens, la réponse de Clément est complémentaire. On ne peut pas tout attendre dès le départ et le mouvement est encore naissant. Nous aurions pu publier cet article l’année dernière si nous avions été impatients mais c’est justement la conscience du temps imparti à ce genre de projet et de l’évolution inexorable vers plus d’ouverture qui a repoussé la nécessité de cet article.
    Pourquoi le temps semble-t-il désormais opportun ? Parce que les démarches se développent, les 1eres phases d’ouverture se terminent, les V2 de certains portails sont en développement. Il s’agit désormais de prendre conscience de la nécessité de l’extension en terme de données ouvertes et de public ciblé, de la nécessité d’outillage qui s’impose également, pour que la 2eme phase d’ouverture représente un gage d’alimentation de la dynamique et de pérennité de l’open data.

    Clément, pour ce qui est du travail des journalistes ou des mouvements citoyens que nous identifions sur la carte de France, il s’agit justement de citoyens très particuliers. Qui anime les mouvements citoyens à Tour, Lyon ou Toulouse ? Des militants des logiciels libres, contributeurs OSM, développeurs ou autres profils techniques. Ils font donc partie de ces citoyens hors normes qui possèdent des compétences techniques :)

  4. Merci pour ce billet.
    On nous dirait parvenu au moment où l’on se rend compte que les données, si elles ne sont pas interprétées, sont des contre-sens potentiels et demandent un travail de fourmi pour les rendre lisibles.

    Dans une entreprise, c’est un rôle à part entière, qui s’appuie sur les compétences de ceux qui sont au plus près des données, qui sauront en donner la signification et les limites. Par exemple, en fouillant, on peut trouver une baisse de budget pour une école. Mais comment l’interpréter ? Synergie avec autre chose, baisse du besoin, baisse de la qualité ?
    L’interprétation ne peut provenir exclusivement de personnes extérieures.

    Est abordé aussi le problème du croisement de toutes ces informations, d’où qu’elles proviennent : défi de l’interconnexion des SI des différents acteurs, mais également épineux problème de la mise à niveau réciproque des données, c’est à dire l’émergence d’un référentiel. Par exemple si l’on veut mesurer la pollution créée par la mise en place d’une cuisine centrale utile à plusieurs collectivités, il faut bien que les mesures de pollution soient accordées, mesurées dans les mêmes conditions et qu’elles existent à tous les niveaux concernés.

    Enfin, « last but not least », il faut faire émerger les besoins, et suivre leurs évolutions, en termes de connaissance (le billet parle d’information), pour savoir d’une part si la donnée est disponible pour en faire de la connaissance, la créer si besoin et faire en sorte que tous les acteurs concernés se synchronisent pour cette mise à disposition. En reprenant l’exemple précédent, si le transporteur ne mesure pas sa consommation d’essence, la mise à disposition de cette valeur par le donneur d’ordre ne peut être utilisée. Le besoin de cette connaissance doit donc revenir vers les acteurs concernés.

    Donc, comme dans une entreprise, nous devons :
    1. Associer les fournisseurs de données à leur interprétation, leur utilisation et les intégrer dans le processus de définition permanent des besoins de connaissance.
    2. S’assurer que tout le monde se mette d’accord sur un référentiel commun et sur des interconnexions de SI
    3. Disposer d’un niveau de définition des besoins en connaissance, qui peut utilement être celui des citoyens, au moins de ceux qui souhaitent s’engager là-dedans, et des entreprises qui souhaitent offrir des services à valeurs ajoutée.

    …Vaste programme !

    Une question : si l’on souhaite s’investir dans la mise en place d’un environnement municipal permettant la prise de connaissance et la participation des citoyens volontaires, quels seraient les points d’entrées utiles pour savoir comment s’y prendre, des expériences, des outils ?

    Merci.

  5. Ce qui est notamment intéressant dans le mouvement open data est qu’il représente un levier très efficace pour la modernisation des moyens mis à disposition des collaborateurs des collectivités et des élus.
    En effet, la nécessité d’ouverture des données aux citoyens va accroître l’exigence des services et des élus dans les collectivités en termes d’outils de pilotage de l’action publique, que ce soit vis à vis du système d’information interne ou des différents sous-traitants.
    L’open data devrait donc contribuer à « casser » les silos d’informations qui privent les gestionnaires de l’information publique de moyens efficaces de monitoring.

    Petite question en passant, si vous avez des infos je suis preneur: on entend certes parler d’open data au sujet des collectivités, administrations et organismes publics, mais quid de l’open data d’organisations qui pourtant oeuvrent continuellement à la collecte de données pour notamment porter des visions alternatives: ONG, syndicats, … Il serait dommage qu’ils ne se livrent au mouvement open data qu’à travers des actions de communication (infographies, dataviz° …).

  6. Un article intéressant et réaliste sur l’open data français.

    Ne pas oublier Rennes qui a publié les données du budget de 2008 à 2011. Parcontre elles sont plus accessibles à des spécialiste budgets :)

    L’article respecte l’axe « ouverture vers le citoyen », ce qui est passionnant et je trouve bien traité ici.

    Parcontre dans l’axe « valorisateurs de données » (qui pourrait faire l’objet d’un autre article), j’aimerais évoquer 2 points:

    – Il est très juste de pointer du doigt que les ouvertures de données en France sont effectivement étudiées pour susciter la création d’applications innovantes. On constate que c’est le cas, mais quid de la pérennité de ces services ? Les valorisateurs de données proposent des services de mieux en mieux mais cela n’est pas pour autant générateur de revenus. La création de valeur pécuniaire est un tout autre défi. Beaucoup de gens confondent encore trop innovation et création de start-ups rentables innovantes. La pérennité d’un service innovant est bien souvent coûteuse et difficile à réaliser bénévolement.

    – Les données ouvertes sont souvent des sources d’information à valeur très inégales. On remarque par exemple que les données transport sont des sources d’information très intéressantes et suscitent la création de nombreux services gratuits (web, mobile …). A l’inverse beaucoup de données sont source d’information à faible valeur avec peu d’intérêt (au premier abord) à la réutilisation. Tout ça pour dire que pas mal de données de valeur ne sont pas ouvertes car elles restent parfois la chasse gardée de certains « partenaires » des collectivités locales, bien que ces données soient publiques. Ce sont pourtant des données qui pourraient bien mieux contribuer à lancer des projets voulant se pérenniser en dégageant des revenus. Je pense entre autres à des données sur la programmation événementielles de grandes métropoles parfois réservées à des partenaires médias. A quand de la transparence sur ce sujet et une égalité d’accès aux données les plus valorisables ?
    En tout cas la démarche de plateforme d’agrégation de données événementielles de Nantes est un bon contournement à ce problème. Mais bon contournement ça ne fait pas trop open data, c’est dommage ;)

    bonne continuation

  7. Il ne peut exister d’ouverture dans l’utilisation de données, « Rough materials », qu’à deux conditions, me semble-t-il. La première est que ces données soient « de qualité » ce qui signifie en gros qu’elles ne soient pas porteuses de données cachées, qu’elles puissent s’associer avec d’autres données, etc. la deuxième condition, est que traiter des données soit possible par n’importe quel citoyen pour n’importe quoi. Supposer que l’usage de données doit exclusivement déboucher sur des « lendemains qui chantent » me paraît contraire à l’expérience des humains. Tout humain fait ce qu’il veut de ce qu’il a. Les « lendemains qui chantent » conduisent à restreindre l’usage des données et les types de données mises à disposition. Et si n’importe quel citoyen ne peut utiliser « ses mains » pour traiter n’importe quelles données, nous refermons ce que nous avons ouvert. Ce ne sont plus les administrations, les entreprises, les gouvernements qui traitent leurs données de manière obscure, ce sont des interméidiaires qui le feront pour leur propre compte. Vous me répondrez que cela crée un marché. D’accord mais contre la démocratie telle que nous l’entendons actuellement, celle dans laquelle chacun peut agir pour son propre compte ou le compte de la communauté de manière égale aux autres.

  8. Bonjour à tous,

    JC, si le sujet vous intéresse il y a une réunion open data “citoyens” en fin de semaine sur Nantes. Vous pouvez nous joindre par email pour d’autres d’informations si vous ne pouvez pas y participer.

    Jean-Marc, en effet l’interprétation requière un accompagnement par le détenteur de données, c’est là aussi que se joue la participation mais difficile à mettre en place dans un système qui n’est pas équipé pour.
    Certaines ONG se lancent dans l’open data, un mouvement est en cours (principalement UK et US) et il existe des plateformes pour héberger leurs données. Nous publierons prochainement les comptes 2011 de Libertic en utilisant probablement http://aidstream.org

    Guilhem,
    Pour le projet d’ouverture des données évènementielles qui est en cours sur Nantes, il s’agit de l’ouverture des données des programmateurs d’évènements, indépendants, données non-régies par l’administration. Ne rentrant pas dans le cadre de missions de services publics, ces acteurs ne sont pas tenus d’ouvrir. Certains se sont pourtant engagés de manière autonome, pour faciliter la gestion des données. C’est plutôt “open”, non ? ☺

  9. @libertic
    Oui claire, je me suis mal exprimé. Mon idée n’était pas de dire pas que la démarche sur Nantes n’est pas open, mais qu’avoir recours à la plateforme que vous montez (open source il me semble, donc déployable ailleurs que Nantes) pour réaliser une autre agrégation des données événementielles que celle que la collectivité pourrait déjàfournir est un contournement bien dommage. Bien sûr on peut aller avec notre baton de pélerin démarcher tous les grands lieux culturels de la ville. Pour ma part je l’ai un peu fait sur Rennes. Certains sont ouverts et pas mal vous renvoie vers les services de Rennes métropole. Quand on interroge ensuite l’open data Rennais, on nous répond que c’est compliqué car avec le quotidien local qui diffuse cette programmation …

    Mais cela n’est pas vrai que pour les données événementielles. Certains initiatives open data ne donnent pas encore lieu à l’ouverture des données transport. Paris par exemple, avec JC Decaux particulièrement protecteurs de ces informations depuis longtemps déjà.

    @Michel
    L’idée de mon post n’est pas de dire qu’il faut ouvrir exclusivement des données fortement valorisables, mais aussi ces données fortement valorisables. Et pas seulement l’emplacement du mobilier Urbain ou l’emplacement des arbres, qui j’en conviens peuvent contribuer à des services intéressants(D’où mon « au premier abord »). Par ailleurs comme je l’écrivais « les lendemains qui chantent » comme vous dites sont difficilement accessibles quelque soit la valeur de la donnée. D’ailleurs il n’a jamais été question dans mon post de plus réutiliser à son propre compte, qu’au compte de la communauté, mais d’essayer de trouver des pistes pour aider à pérenniser les services. Vous verrez que passer la période des différents concours le maintient des services est un sujet épineux. Comme le disait libertic les valorisateurs de données peuvent rapidement manquer à l’appel de l’open data au vu des besoins dans leur domaines de compétence et la maintenance bénévole d’un service numérique est coûteuse en temps et en énergie.

    Bref tout ça pour dire qu’au vu des conclusions justes de l’article de Libertic et des 2 points que je soulevais pas mal d’initiatives open data en france donnent l’impression à mon sens de se faire principalement grâce au potentiel retour sur Investissement pour les collectivités locales (création de services gratuits pour le grand public, image innovante, rationalisation des processus de collectes et d’ouvertures des données, pseudo transparence) mais pas dans l’intérêt premier des citoyens, ni pour réellement soutenir au mieux l’innovation. Pourtant l’intérêt de tous devrait prévaloir :/

  10. Bonsoir

    Billet et réactions très intéressantes en effet qui met la lumière l’importance de l’implication des Citoyens dans l’Open Data ou plutôt l’idée que l’on peut s’en fait. On brandit souvent le budget comme un exemple de transparence mais je ne suis pas sûre que ce soit l’angle le plus sexy pour parler de données publiques: combien de personnes ont réellement le temps de s’y intéresser ? Les citoyens seront intéressés par des données utiles dans un contexte et un cadre donné.

    La valorisation des données passera sans doute par des verticaux et c’est dans cette démarche que nous avons par exemple lancé Home’n’go (www.homengo.com): nous sélectionnons les données pertinentes pour la recherche de logement et l’agrégeons pour chaque région, département, ville et même rue. Nous avons ainsi des données fiscales, démographiques, immobilières ou encore politiques. C’est une sorte de laboratoire pour tester les envies et besoins des citoyens et utilisateurs.

    Les transports sont par ailleurs assez épineux et incarnent en effet bien la difficulté de transparence: les localisations des arrêts de métro sont publics tandis que les horaires ne sont pas vraiment accessibles (comme l’a montré le débat houleux entre la RATP et CheckMyMetro)…

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